Le séisme à Agadir du 29 février 1960 reste l'une des catastrophes les plus meurtrières de l'histoire du Maroc moderne. En quinze secondes, plusieurs quartiers furent rasés. Entre 12 000 et 15 000 personnes perdirent la vie - soit environ un tiers de la population de la ville. Ce qui s'est passé ensuite, la décision de reconstruire, le choix d'un nouveau site, l'élan collectif, est tout aussi important que la tragédie elle-même. Cet article retrace la nuit du tremblement de terre, les décisions prises au lendemain, et vous indique les lieux où cette mémoire est encore vivante aujourd'hui.
Agadir avant le séisme : une ville portuaire en pleine croissance
En 1960, Agadir était une ville en développement, adossée à l'Atlantique et structurée autour de son port de pêche. Plusieurs quartiers coexistaient : la Kasbah perchée sur la colline d'Oufella, le quartier populaire de Founti près du port, le quartier européen de Talborjt et le secteur de Yachech. La ville avait connu une croissance rapide dans l'entre-deux-guerres sous la colonisation française, avec l'arrivée de familles marocaines, berbères et européennes qui s'étaient installées sur ce littoral atlantique.
Les constructions, pour la plupart en pisé ou en maçonnerie légère, n'étaient pas conçues pour résister à un choc sismique. La Kasbah du XVIe siècle dominait la baie depuis la colline. Les habitants ne savaient pas qu'un séisme avait déjà frappé la région en 1731 - cette donnée historique n'était pas connue de la population locale à l'époque.
[IMAGE: Vue de la Kasbah d'Agadir Oufella depuis la baie, avant 1960 | alt cible: séisme Agadir vestiges ancienne ville Kasbah Oufella]
Le 29 février 1960 : la nuit du tremblement de terre à Agadir
Quinze secondes à 23h40
À 23h40, heure locale, une secousse de magnitude 5,7 sur l'échelle de Richter ébranla la région. Sur l'échelle des séismes, 5,7 est une valeur modérée - ce qui rend la destruction d'Agadir d'autant plus frappante. L'explication tient à la géologie : l'épicentre se trouvait directement sous la ville, à faible profondeur. L'onde de choc n'eut pas d'espace pour s'atténuer avant d'atteindre les bâtiments.
En quinze secondes, les quartiers de Founti, Yachech et la Kasbah furent détruits à 95 %. Talborjt, le secteur résidentiel, fut endommagé entre 60 et 90 %. Même la ville nouvelle, plus récente, subit des destructions de l'ordre de 60 %. Lorsque la secousse s'arrêta, une grande partie de la ville n'existait plus.
Le bilan du séisme de 1960 : entre 12 000 et 15 000 morts
Le bilan humain est difficile à établir avec précision. Les estimations font état de 12 000 à 15 000 morts - soit environ un tiers de la population d'Agadir à l'époque. Environ 25 000 personnes furent blessées. La secousse survint en pleine nuit, alors que la quasi-totalité des habitants dormait chez eux. Ce détail aggrava considérablement le bilan : il n'y eut pas de temps pour évacuer.
[IMAGE: Ruines d'Agadir au lendemain du séisme du 29 février 1960, quartier de Talborjt | alt cible: séisme Agadir 1960 destruction quartier Talborjt]
La réponse royale et la décision de reconstruire
Dès le lendemain du tremblement de terre à Agadir, le roi Mohammed V et son gouvernement créèrent une commission de reconstruction. Le prince Moulay Hassan - futur Hassan II - en fut placé à la tête. La décision politique fut rapide et déterminée : Agadir serait reconstruite.
Le roi Mohammed V prononça ces mots, devenus depuis une référence dans la mémoire collective de la ville : « Si le destin a voulu la destruction d'Agadir, sa reconstruction dépend de notre foi et de notre volonté. » Cette phrase fut répétée lors des opérations de secours et sur les chantiers qui suivirent.
La commission fit le choix de ne pas reconstruire sur l'emplacement d'origine. Les quartiers détruits au nord de l'oued Tildi furent abandonnés. La nouvelle ville serait bâtie 2 km plus au sud, sur un terrain présentant de meilleures caractéristiques sismiques. Un plan d'urbanisme moderne fut établi, avec des boulevards larges, des normes parasismiques obligatoires et une organisation en quartiers distincts.
La reconstruction : une ville nouvelle conçue pour résister
Normes parasismiques et urbanisme moderne
La ville reconstruite fut pensée dès l'origine pour ne plus connaître le même sort. Toutes les nouvelles constructions devaient respecter des normes parasismiques. Les bâtiments furent limités en hauteur, les rues élargies pour faciliter les secours en cas de nouvelle catastrophe, les espaces verts intégrés pour créer des zones de dégagement. Ce modèle urbanistique donna à Agadir son caractère aéré, très différent des médinas denses de Marrakech ou Fès.
Le résultat est une ville dont l'architecture reflète les années 1960 et 1970 : lignes droites, béton, façades fonctionnelles. Ce n'est pas l'esthétique d'une médina traditionnelle, et c'est volontaire. Agadir était une ville à reconstruire rapidement, pour des habitants qui avaient tout perdu.
La Médina d'Agadir : redonner un quartier artisanal à la ville
Agadir avait perdu, avec le séisme, sa Kasbah et ses quartiers anciens. En 1992, l'artiste et architecte Coco Polizzi entreprit de combler ce manque en créant la Médina d'Agadir sur 5 hectares. Cette médina n'est pas une reconstitution du quartier disparu : c'est une création contemporaine construite avec des techniques d'architecture berbère traditionnelles, intégrant des ateliers artisanaux, un musée et des jardins. Elle offre aux visiteurs une immersion dans les savoir-faire de la région, que le séisme avait interrompus.
[IMAGE: Architecture de la Médina d'Agadir, ateliers artisanaux construits par Coco Polizzi | alt cible: Agadir reconstruction Médina artisanat Coco Polizzi]
Ce qu'il reste du séisme d'Agadir : les lieux de mémoire
Plusieurs sites permettent aujourd'hui de comprendre ce qu'était Agadir avant 1960 et ce qu'elle est devenue depuis. En voici les principaux :
- La Kasbah d'Agadir Oufella : les remparts de la forteresse du XVIe siècle furent partiellement détruits en 1960. Ils ont depuis été consolidés. Depuis la colline, une inscription lumineuse rappelle les valeurs de la nation marocaine. C'est ici qu'on mesure le mieux ce qui a disparu, en regardant la baie en contrebas.
- Le jardin Olhão : ce jardin porte le nom de la ville jumelle portugaise d'Agadir. Il accueille des expositions liées à la mémoire de la ville et au jumelage culturel entre les deux cités.
- La Médina d'Agadir : créée en 1992, elle concentre les savoir-faire artisanaux de la région. Ce quartier né après le séisme est l'un des endroits où l'on comprend le mieux la volonté de reconstruire une identité culturelle, pas seulement des murs.
- Le site de l'ancienne Kasbah (colline d'Oufella) : les ruines du quartier originel ont été préservées sans reconstruction. On y accède à pied ou par téléphérique. C'est un mémorial naturel, silencieux, qui donne une idée de l'étendue de la destruction.
- Le musée du patrimoine amazigh : bien que centré sur la culture berbère au sens large, il conserve des collections liées à la vie quotidienne avant et après 1960 dans la région du Souss.
[IMAGE: Vue panoramique du mémorial de la Kasbah Agadir Oufella depuis la baie | alt cible: mémorial séisme Agadir Kasbah Oufella vue panoramique]
Agadir aujourd'hui : ce que le tremblement de terre a façonné
Agadir compte aujourd'hui plus de 500 000 habitants selon le recensement de 2024. La ville s'est développée vers le sud et l'intérieur des terres, loin des quartiers rasés en 1960. Sa baie de 10 kilomètres, son port modernisé, ses quartiers résidentiels aux larges avenues : tout cela est le produit direct du plan de reconstruction lancé après le séisme.
L'architecture d'Agadir déconcerte parfois les voyageurs habitués aux ruelles des médinas de Fès ou de Marrakech. Il n'y a pas ici de vieille ville à l'aspect immuable. Mais cette modernité n'est pas une absence d'histoire : c'est une histoire qui a choisi de regarder vers l'avenir après une rupture brutale. Les quartiers neufs, les avenues plantées d'arbres, les espaces de verdure entre les immeubles - tout cela a été pensé pour que la catastrophe ne se reproduise pas.
Questions fréquentes sur le séisme à Agadir
Pourquoi le séisme d'Agadir a-t-il été si destructeur malgré une magnitude modérée ?
La magnitude de 5,7 aurait pu n'occasionner que des dommages limités dans une ville bien construite. Deux facteurs ont amplifié la catastrophe. D'abord, l'épicentre était situé directement sous les quartiers les plus denses, à faible profondeur. Ensuite, les constructions en pisé et en maçonnerie sans ferraillage n'offraient aucune résistance aux secousses. Les bâtiments se sont effondrés sur leurs occupants en quelques secondes, sans laisser le temps de fuir.
La catastrophe de 1960 peut-elle se reproduire à Agadir ?
La région d'Agadir reste une zone sismiquement active. Mais les constructions modernes respectent des normes parasismiques précisément conçues à partir de l'expérience de 1960. La ville nouvelle, bâtie 2 km au sud sur un terrain plus stable, a aussi été pensée pour limiter les risques. Aucune garantie absolue n'existe en sismologie, mais les leçons de 1960 ont directement influencé les normes de construction au Maroc.
Visiter Agadir en comprenant son histoire
Le séisme à Agadir a déterminé la forme de la ville que vous visitez aujourd'hui. Ses avenues larges, sa baie aménagée, ses quartiers sans médina ancienne : tout porte la trace de cette reconstruction. Prendre le temps de monter à la Kasbah Oufella, de traverser la Médina de Coco Polizzi ou de s'arrêter au jardin Olhão, c'est comprendre pourquoi Agadir est différente des autres villes marocaines.
Pour organiser votre séjour et découvrir ce que la ville propose aujourd'hui - plage, artisanat, excursions dans le Souss - consultez notre guide que faire à Agadir. Immersi Travel propose également des activités dans la ville reconstruite et ses environs : ateliers artisanaux, excursions dans le Souss, balades dans le Parc national de Souss-Massa. Ce sont des façons concrètes de rencontrer la ville d'aujourd'hui, celle qui s'est construite après 1960.
Consultez aussi notre article sur préparer son voyage à Agadir pour les informations pratiques sur l'hébergement, les transports et la meilleure saison pour visiter.





